Gouvernance, alignement et priorisation : les 3 piliers d’un projet Salesforce réussi
Mon précédent article a posé les bases de l’art du cadrage en insistant sur la nécessité de comprendre le « Pourquoi » (le besoin métier) avant de se lancer dans le « Quoi » (la solution technique). Aujourd’hui, je vous invite à aborder une seconde étape critique dans tout cadrage : l’alignement.
Même le meilleur cadrage reste lettre morte si tous les acteurs impliqués ne convergent pas vers une vision commune. Un projet Salesforce est par nature transversal ; sans gouvernance claire ni consensus, il dérive rapidement vers des arbitrages politiques, des attentes contradictoires… et beaucoup de frustration.
1. Cartographier l’écosystème : alignement vertical et horizontal
Le piège ? Oublier des parties prenantes essentielles. Dans un projet de transformation et a fortiori un projet CRM, les acteurs ne se limitent pas à l’équipe IT et aux utilisateurs finaux. Pour réussir, il faut s’assurer d’un alignement à la fois vertical (de la direction aux équipes opérationnelles) et horizontal (entre les départements).
Il est crucial d’identifier chaque acteur clé du projet et de comprendre ses attentes ; ne pas y répondre peut avoir un réel impact sur le projet. Par exemple :
- Le sponsor : son enjeu principal est le ROI et l’alignement stratégique. Sans visibilité rapide sur la valeur créée, son engagement faiblit.
- Les responsables de processus : ils cherchent à optimiser leurs opérations. Si la solution leur est imposée sans concertation, la résistance au changement est certaine.
- L’IT et les administrateurs : Ils visent la maintenabilité. Tenir compte de leurs exigences permet de limiter l’apparition d’une future dette technique.
- Les gestionnaires des données : Souvent oubliés, ils garantissent la qualité de la donnée. Omettre de les intégrer dès le début est le meilleur moyen plus tard de faire de la reprise de données un vrai cauchemar.
Mettre les bonnes voix dans la pièce dès le début, c’est éviter le fameux : « J’aurais dû être consulté plus tôt ! »
2. Définir la gouvernance : au-delà du RACI
Une fois les acteurs identifiés, il faut définir qui fait quoi. L’objectif n’est pas de complexifier pour le plaisir, mais d’éviter la paralysie décisionnelle.
Si la matrice RACI (Responsible, Accountable, Consulted, Informed) est le standard de l’industrie, elle n’est pas toujours l’outil le plus adapté. Par exemple, dans une organisation très hiérarchisée où chaque décision doit être prise au niveau supérieur, le RACI peut créer de la confusion sur qui tranche vraiment. À l’inverse, dans une startup agile, il peut sembler trop rigide. Un consultant aguerri peut s’appuyer sur d’autres modèles permettant de choisir l’outil de gouvernance qui correspond le mieux à la culture, à la complexité et aux enjeux décisionnels de l’organisation.
- Besoin de clarifier la prise de décision ? Optez pour le DACI.
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- Driver (Pilote), Approver (Approbateur), Contributors (Contributeurs), Informed (Informé). Ce modèle est redoutable pour débloquer les situations où tout le monde a un avis mais personne ne tranche.
- Besoin d’engagement collectif ? Pensez à OARPI ou PARIS.
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- Des modèles comme OARPI (Owner, Accountable, Responsible, Participant, Informed) ou PARIS (Participant, Accountable, Review required, Input required, Sign-off required) permettent de nuancer les niveaux d’implication, notamment dans des organisations plus participatives.
- Besoin d’intégrer la qualité ou l’agilité ?
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- Le RACIQ intègre explicitement la « Quality Review », tandis que le RACIF ajoute la notion de « Facilitation », essentielle dans les méthodes agiles.
Le choix dépend avant tout du contexte : une startup agile n’aura pas les mêmes besoins qu’un grand groupe matriciel. L’important n’est pas l’acronyme choisi, mais la clarté qu’il apporte : savoir qui exécute, qui valide, et qui a le dernier mot.
3. Prioriser pour aligner : la fin de la « Liste au Père Noël »
Le cadrage fait toujours émerger un volume de besoins supérieur aux capacités réelles de la mise en œuvre. Dans un contexte projet où les ressources sont précieuses et les demandes nombreuses, la priorisation devient un véritable art : celui de choisir, avec lucidité et impact, ce qui créera immédiatement la plus forte valeur pour l’organisation.
Si tout est prioritaire, alors rien ne l’est. Le but n’est pas de dire « Non » mais plutôt « pas maintenant, et voici pourquoi« . L’enjeu est là : assurer la viabilité de la feuille de route tout en respectant les parties prenantes et les idées qu’elles ont émises lors des ateliers.
Deux outils pour rationaliser le débat
C’est un choix volontaire de revenir à ces outils classiques : la simplicité est souvent la manière la plus efficace d’aligner rapidement toutes les parties prenantes.
- La méthode MoSCoW : elle permet de négocier le périmètre en distinguant l’essentiel de l’accessoire.
- Must Have : non-négociable, le projet échoue sans ça.
- Should Have : important mais pas critique car une solution de contournement existe.
- Could Have : souhaitable si le budget et/ou le temps le permet.
- Won’t Have : explicitement hors périmètre pour cette phase.
2. La Matrice Valeur vs Effort : c‘est l’outil visuel par excellence pour aligner le métier et l’IT. En positionnant chaque fonctionnalité sur un graphique, on identifie immédiatement :
- Les Quick Wins (Forte valeur, Faible effort) → à prioriser.
- Les chantiers structurants (Forte valeur, Fort effort) → exigent une planification soignée et un engagement soutenu.
- Les optimisations mineures ou fonctionnalités secondaires (Faible valeur, Faible effort) → À réaliser si le temps le permet, car elles n’apportent pas de valeur immédiate majeure.
- Les fonctionnalités non prioritaires (Faible valeur, Fort effort) → à éliminer sans regret.
La priorisation force les sponsors à confronter leurs attentes à la réalité de l’effort technique. Elle transforme un débat émotionnel en une décision rationnelle partagée et assumée.
Conclusion
Au fond, la réussite d’un projet Salesforce n’est pas qu’une question de code, d’urbanisation ou encore de modélisation. Elle repose d’abord sur l’humain, la stratégie et la capacité collective à décider ensemble. Le triptyque gouvernance, alignement et priorisation est donc le socle sur lequel se construit la valeur durable, bien au-delà de la technique.
- Cadrer le problème pour comprendre le vrai besoin,
- Aligner les parties prenantes pour clarifier la gouvernance,
- Prioriser les batailles pour privilégier la valeur au détriment des “paillettes”.
Une fois ce triptyque en place, l’équipe ne navigue plus à vue : chacun connaît son rôle,les priorités sont partagées, les décisions sont prises sereinement, et la feuille de route devient réellement exécutable.
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